Chasse-Gueux : le métier médiéval méconnu à découvrir !

Je vous propose de découvrir un métier aux vertus insoupçonnées qu’il faut remettre de toute urgence en place dans nos villes : le chasse-gueux !

Il n’y a pas besoin de fiche de poste pour comprendre son rôle. Toute la beauté du métier est retranscrite dans le nom. Mais, allons plus loin.

Comment s’y prenait le chasse-gueux pour faire le ménage ? Qui visait-il ? Les raisons de sa mission étaient-elles liées uniquement à l’envie de pouvoir ouvrir sa fenêtre sans sentir les effluves d’un groupe de puants avinés qui beuglent ? Est-ce que le peuple soutenait l’action du chasse-gueux ? Je vous dis tout ça dans la suite.

Le rôle du chasse-gueux : virer la mendicité de la rue

Pour débuter, je précise que les débuts du métier sont difficiles à dater. On retrouve beaucoup de mentions de chasse-gueux dans les textes du XVI et XVIIe siècle. Mais, les racines semblent remonter au Moyen Âge. C’est la raison pour laquelle je qualifie ce métier de médiéval dans mon titre.

Comme pour les docteurs, plein d’appellations existent pour ce beau métier. Ce coup-ci, ce n’est pas le doc, le médecin, le nul qui ne reconnaît pas un rhume ou l’idiot qui ne prend plus de nouveaux patients, mais plutôt le chasse-gueux, le chasse-pauvres, le presque mignon « chasse-coquins » ou quand on souhaite embellir le rôle, le bedeau des pauvres ou l’archer.

C’est assez drôle que le terme « d’archer » soit couramment cité alors que le chasse-gueux n’avait pas un arc pour virer ceux qui crient « Hé, t’as pas une pièce ? Radin, va ! ».

En effet, le chasse-gueux était un rustique. Un arc, c’était déjà trop de complexité. Il faut mettre une flèche, bander l’arc, viser et tirer. Quelle technique de fragile ! Quand le chasse-gueux avait les moyens ou évoluait dans des siècles tardifs, il avait une épée ou une lance. Quand il avait les poches aussi trouées que ceux qu’il moleste, il utilisait un gourdin en bois.

Le chasse-gueux n’est pas un loup solitaire comme Charles Bronson dans « Le Justicier ». Il n’a pas décidé sur un coup de tête de nettoyer son quartier de tous les déchets humains qu’il contient. Comme ceux que vous croisez avec un gilet jaune fluo, il est plus ou moins un employé municipal. La différence est que lui ne fait pas semblant de ramasser les feuilles, il tabasse les gueux jusqu’à les transformer en végétaux.

Pour quelques pièces, il est prêt à plonger au milieu d’un campement de bohémiens pour leur faire comprendre que leurs faux services de ramonage ne sont désirés par personne.

Les qualités d’un tel homme sont multiples : il ne pose pas de question, il vise juste, il vise fort, il ne connait pas les remords et il sait se soigner.

chasse gueux homme fort

Car oui, sur le papier, être l’homme fort qui protège le voisinage des méfaits du vagabondage semble être une belle mission. Mais, ce n’est pas aussi reposant que de distribuer les points au Resto du Cœur. Quand le gueux voit le bâton arrivé et qu’il n’a pas bu suffisamment pour avoir les réflexes d’une biche devant vos feux de route, il se défend. Il arrive donc que le chasse-gueux finisse lui-même blessé et chassé.

En plus, la mission est mal payée. Une maigre rétribution est accordée à ce métier pourtant si noble et il n’existe pas un syndicat des chasse-gueux pour ramener des drapeaux de la CGT et des chariots de gueux devant le château en réclamant un salaire plus juste.

Il y a donc quelques situations où ce beau métier utile est outragé par la corruption. Le chasse-gueux accepte quelques pièces du pauvre pour ne pas le frapper et le laisse embêter toute la rue. On dirait le policier qui finit corrompu parce qu’il en a assez d’arrêter des trafiquants de drogue capables d’avoir un Audi Q7 alors que lui ne gagne pas assez pour payer l’école privée des enfants…

Comment les gueux étaient-ils chassés ?

La forme la plus classique du travail du chasse-gueux est le rudoiement des vagabonds jusqu’à sa fuite.

Mais, nos cerveaux d’homo sapiens sommes plus développés que cela. Taper avec un gourdin en criant « Barre-toi de là », c’est un truc de Néandertalien. Très vite, la fonction a été pimentée par quelques services additionnels.

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Parmi mes lectures, j’ai trouvé plein de punitions supplémentaires infligées aux gueux. L’objectif était soit de la marquer pour le reconnaître et prévenir les futurs villages dans lequel il irait, soit de tellement le défoncer pour qu’il ne remette jamais un ongle jaune dans le bourg.

Ainsi, un gueux était parfois marqué au fer rouge avant d’être expulsé. Si le chasse-pauvres était un peu fillette sur les bords, il se contentait de raser la moitié des cheveux et les sourcils.

Des mesures à long terme étaient quelques fois prises. Je ne parle pas d’un meurtre, ce qui pouvait arriver quand le crâne du gueux ne résistait pas à un choc de haut en bas appliqué par un gros moyenâgeux d’un quintal. Je parle plutôt d’un placement forcé.

Il y a la forme amicale. Le gueux est ramené plus ou moins de force dans un hospice de pauvres pour libérer la rue, mais la charité chrétienne fait son œuvre. Et il y a la forme moins amicale. Le gueux finit comme galérien ou enfermé dans un endroit sordide.

Pourquoi employait-on des chasse-gueux ?

J’imagine que certains parmi vous s’offusquent de mes dires et de ce métier qui ne respecte pas les Droits de l’Homme. Mais, avant de saisir Dupont-Moretti et de le gêner entre deux gavages dans un resto, écoutez les arguments qui justifiaient ce métier.

L’un des meilleurs arguments pour chasser les gueux est l’hygiène. Les vagabonds n’ont jamais été très bien vus dans le passé. Dès qu’un fléau s’abattait sur un village, il y avait deux raisons possibles : le Juif ou le vagabond. D’ailleurs, autant vous dire qu’un juif vagabond se devait d’avoir la cadence de course d’un Usain Bolt…

Très vite, puisque nos ancêtres étaient parfois moins bêtes que nous, l’idée de faire de la prévention a germé. N’attendons pas l’épidémie, agissons ! Se débarrasser de ceux qui vivent avec des poux et qui trimballent toutes les maladies du Monde de village en village était une mesure de santé publique !

Vous trouvez que c’est trop ? Rappelez-vous ce que l’on a fait en 2019 pour une maladie qui ne tuait presque personne alors que nous sommes censés vivre dans un monde d’intelligence et de liberté ! Et maintenant, imaginez ce que l’on aurait fait en 1360, après la peste noire qui a tué plus d’un tiers de la population… Je pense que l’on aurait pu faire pire que l’invention du chasse-gueux !

L’autre volet très important est la sécurité. Aujourd’hui, je suis toujours effaré de voir que l’on confond tous les mendiants. On traite de la même façon le mendiant malheureux qui a connu des difficultés le menant dans la rue (bref, le bon mendiant à qui l’on donne volontiers une pièce et que l’on veut aider), le migrant clandestin, le fou, le drogué qui laisse traîner sa seringue à côté d’une école et le délinquant parasite qui vit de larcins.

Au Moyen-Age, il y a une distinction importante faite entre ce qui vient d’ici et ce qui vient d’ailleurs. Les pauvres ou les fous du village sont acceptés tant qu’ils ne font pas de mal et ne nuisent pas à la tranquillité publique. S’ils mendient trop fréquemment, le chasse-coquins passe leur dire un petit « bonjour », avec Gontrand, le nom cool qu’il a donné à sa lance. Il met un coup de manches dans les cotes et les récalcitrants retournent dormir dans la paille.

Mais, c’est logique, un pauvre n’a pas à être mendiant. Jusqu’à récemment, le geste de mendier était considéré comme une honte et un acte de fainéantise. Nous étions loin des milliers d’étudiants qui pleurent à la télévision qu’ils n’ont pas à manger alors qu’ils tiennent un iPhone dans les mains.

Mais revenons aux pauvres et fous du village, ils ne sont pas abandonnés. Ce sont des personnes que l’on a vu grandir. Ils sont donc souvent aidés par l’Église. Car, oui, si notre belle école actuelle nous apprend que l’Église et la noblesse étaient le mal absolu, elle oublie vite les hospices, les orphelinats et les actions sociales des religieux.

En revanche, le vagabond, c’est-à-dire de l’étranger qui vient sans but clair dans le voisinage, est vu comme une grande menace. Prépare-t-il un vol, un viol d’enfant ou un meurtre ? En période de famine, ceux que venaient toquer aux pertes des fermes n’étaient pas des tendres. Un refus vous exposait à un incendie mystérieux ou à votre meurtre non résolu.

Heureusement, comme je l’ai dit avant, on aime la prévention et l’idée du « Pas d’amalgame » n’a pas encore germé dans l’esprit du Français moyen. S’il y a un risque même infime que l’inconnu soit nuisible, pourquoi le prendre ? On protège les siens.

Donc, tout inconnu qui ne montre pas patte blanche voit le chasse-gueux débarquer et lui dire de partir. S’il résiste, il prend le gourdin dans la face, un petit crachat de mépris et il n’a plus qu’à ramper dans la forêt avec son traumatisme crânien…

Pour résumer, le rôle du chasse-gueux est donc d’empêcher la mendicité qui est vue comme une forme de fainéantise et de virer tous les vagabonds qui traînent sans but.

La chasse-gueux : un métier qui s’est perdu…

Pourquoi et quand ce métier a-t-il disparu ? Je n’ai pas trouvé d’explication claire sur le sujet.

Je peux donc faire plein de suggestions comme la diminution des grandes épidémies, la multiplication des grandes villes où l’on ne connait même pas son voisin, la magnifique révolution industrielle qui a rendu la pauvreté croissante inéluctable, la police plus efficace et la création de plus de prisons, le sentiment de honte devant les mendiants… Bref, les esprits modernes ont rendu le chasse-gueux aussi inutile que la caissière d’un péage autoroutier.

denis auteur

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