La conquête de l’Algérie par la France est un moment important de l’histoire de France qui est souvent instrumentalisé aujourd’hui.
Ce moment charnière, entre 1830 et 1848, a redessiné les cartes du monde méditerranéen pendant plus d’un siècle et a laissé une empreinte indélébile dans notre présent.
Mais derrière les grandes dates et les batailles, ce sont des vies humaines, des résistances farouches, et des ambitions impériales qui se sont jouées. Découvrons-les.
Les prémices de la conquête française en Algérie
L’histoire de la colonisation de l’Algérie par la France débute en 1827. Cette année-là, des tensions commerciales et un incident diplomatique entre le dey d’Alger et le consul de France servent de prétexte à l’intervention militaire française. Le fameux « coup d’éventail » du dey Hussein sur le consul Deval cristallise les tensions entre les deux pays.
Trois ans plus tard, le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch, à l’ouest d’Alger. Cette opération est le début de la conquête effective de l’Algérie. Cette expédition est initialement présentée comme une simple opération punitive visant à mettre fin à la piraterie barbaresque et à libérer les esclaves chrétiens.
Voici les principales étapes de cette première phase de la conquête :
- 14 juin 1830 : Débarquement des troupes françaises à Sidi Ferruch
- 5 juillet 1830 : Prise d’Alger par l’armée française
- 1831 : Occupation d’Oran et de Bône (aujourd’hui Annaba)
- 1834 : Création des « Possessions françaises dans le nord de l’Afrique »
Une conquête brutale et une résistance des autochtones
La prise d’Alger n’est qu’un premier pas. Dès les premières années, les troupes françaises doivent faire face à une résistance locale acharnée. Partout, des chefs émergent pour défendre leurs terres, leurs traditions et leur indépendance. Parmi eux, une figure emblématique : l’émir Abd el-Kader qui devient un symbole de la lutte contre l’occupant.
Ses stratégies et son charisme galvanisent les tribus algériennes. En 1837, il signe avec la France le traité de la Tafna pour obtenir une reconnaissance partielle de son autorité sur une grande partie du territoire. Mais ce répit ne dure pas. En 1839, les hostilités reprennent. Les campagnes menées par le général Bugeaud, nommé gouverneur général en 1840, symbolisent une intensification de la guerre. Sous son commandement, les armées françaises utilisent des méthodes brutales, dont les tristement célèbres enfumades : des tribus entières sont asphyxiées dans des grottes où elles s’étaient réfugiées.
En 1847, Abd el-Kader, acculé, finit par se rendre. Sa reddition ne signe pas la fin des révoltes, mais signifie l’établissement de la domination française.
Voici un récapitulatif des principaux événements :
- 1837 : Traité de la Tafna entre la France et Abd el-Kader
- 1839 : Reprise des hostilités
- 1840 : Nomination du général Bugeaud comme gouverneur général
- 1844 : Bataille d’Isly contre le Maroc, allié d’Abd el-Kader
- 1847 : Reddition d’Abd el-Kader
La mise en place d’un empire colonial
Une fois la résistance en grande partie écrasée, la France s’attèle à structurer son pouvoir sur l’Algérie. En 1848, le pays est officiellement intégré au territoire français et divisé en trois départements : Alger, Oran, et Constantine. Cette décision traduit l’ambition française d’en faire une colonie d’un nouveau genre : non pas un territoire d’outre-mer éloigné, mais une véritable extension de la métropole.
Les Algériens, que l’on appelle alors « indigènes », sont exclus de la citoyenneté et soumis à des lois discriminatoires. Le Code de l’indigénat, instauré plus tard en 1881, symbolise cette inégalité : privation des droits civiques, impôts spécifiques, répression des révoltes. Les terres sont massivement confisquées pour être redistribuées à des colons européens. Ne pensez pas que ces colons deviennent tous riches ; beaucoup seront de pauvres paysans.
La politique de peuplement s’intensifie : des milliers de familles venues de France, d’Espagne, et d’Italie s’installent en Algérie, attirées par des promesses de terres. En 1841, on compte déjà plus de 37 000 Européens, un chiffre qui ne cessera d’augmenter.
Voici les principales caractéristiques de ce régime colonial :
- Mise en place d’une administration directe
- Confiscation des terres au profit des colons
- Instauration d’un système juridique discriminatoire
- Développement d’une économie au service de la métropole
- Politique de francisation culturelle et linguistique.
Une société fracturée pendant plus d’un siècle
L’Algérie française devient rapidement une société à deux vitesses, voire à trois vitesses. Les colons européens, que l’on appelle les « Pieds-noirs », jouissent de privilèges économiques, juridiques, et politiques. Bien sûr, des inégalités fortes existent entre ces colons, avec des classes pauvres, moyennes et riches.
Les Algériens, majoritaires, vivent pour la plupart dans une pauvreté grandissante, même s’ils jouissent de quelques avantages nouveaux en matière de santé ou de scolarité des enfants.
Sur le plan culturel, la politique de francisation est mise en place. L’enseignement en langue arabe est marginalisé, et le français devient la seule langue reconnue officiellement.
Comment est considérée aujourd’hui la conquête de l’Algérie ?
En France, la conquête de l’Algérie est un épisode inconnu. L’école se concentre sur la guerre d’Algérie, les harkis et la discrimination. Les prouesses militaires dans un monde où les guerres étaient multiples ou les vilains récits d’exactions, comme les enfumades (qui ont choqué même à l’époque) sont tues.
En Algérie, cette période reste un traumatisme sur lequel le pouvoir a bâti un pays. Car, la notion de nation algérienne comme elle existe aujourd’hui est une construction récente. La colonisation, marquée par des luttes pour les droits, l’identité, et, finalement, l’indépendance, est importantissime dans l’histoire de l’Algérie. L’émir Abd el-Kader, autrefois captif en France, est considéré comme un héros national.

Article écrit par Denis
Créateur de la Tête Haute Française, je partage mon amour de l’Histoire de France sans prétention, en essayant de la rendre amusante (même si je sais que cet humour ne sied pas à tout le monde).
