Alors que les femmes ont joué un rôle important dans la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, seules six d’entre elles ont reçu la Croix de la Libération, décoration suprême de l’Ordre fondé par de Gaulle. Cet article révèle les parcours exceptionnels de ces compagnons méconnues, de Berty Albrecht à Simone Michel-Lévy, dont les missions clandestines et le courage ont façonné l’histoire de la Libération.
À travers des exemples concrets et des analyses historiques, découvrez comment ces héroïnes ont transcendé les normes de leur époque pour servir la France libre.
Berty Albrecht : une figure majeure de la Résistance
Co-fondatrice du mouvement Combat en 1940, Berty Albrecht organisa des réseaux clandestins et des filières d’entraide pour les résistants. Son action permit de structurer la lutte contre l’occupation allemande en zone libre. Arrêtée en mai 1943, elle mit fin à ses jours dans sa cellule de Fresnes pour protéger ses compagnons. Ce geste ultime symbolise les dangers permanents auxquels étaient exposées les femmes engagées dans la Résistance française.
Parmi les 1038 Compagnons de la Libération, Berty Albrecht compte parmi les six femmes honorées. Sa reconnaissance posthume par l’Ordre de la Libération souligne l’importance des rôles logistiques et organisationnels tenus par les résistantes, souvent moins visibles que les actions armées directes.
Laure Diebold : espionnage et coordination clandestine
Secrétaire du Conseil National de la Résistance sous le pseudonyme « Mado », Laure Diebold gérait les communications secrètes entre Londres et les réseaux français. Son travail permit de coordonner des opérations décisives comme la préparation du débarquement allié. Elle assura notamment la transcription des directives stratégiques de Jean Moulin.
Malgré deux arrestations par la Gestapo en 1942 et 1943, elle parvint à dissimuler ses activités grâce à des techniques de chiffrement innovantes. Son réseau permit l’évasion de 83 agents alliés avant la Libération de Paris, illustrant l’efficacité des services logistiques féminins dans l’ombre des combats.
Marie Hackin : archéologie et engagement militaire
Archéologue renommée spécialiste de l’Asie centrale, Marie Hackin mit ses compétences scientifiques au service de la France Libre dès 1940. Son expertise […] communications clandestines entre les réseaux de résistance.
- Organisation du Corps féminin : recrutement et formation des volontaires pour soutenir les forces alliées
- Collaboration stratégique avec son mari Joseph Hackin : gestion des relations extérieures et logistique de la Résistance
- Mobilisation de son expertise archéologique : coordination de missions secrètes et gestion des réseaux clandestins
- Engagement précoce aux côtés du général de Gaulle : participation active à la structuration de la France Libre dès 1940
Marcelle Henry : infirmière et réseau d’évasion
Infirmière au sein du réseau Shelburn, Marcelle Henry organisa l’exfiltration de 135 aviateurs alliés et résistants vers l’Angleterre depuis la Bretagne occupée. Son dispensaire de Plouha servit de couverture à ces opérations périlleuses entre 1943 et 1944, combinant soins médicaux et actions clandestines.
Décorée de la Croix de la Libération en 1946, sa reconnaissance tardive illustre les difficultés à valoriser les contributions non-combattantes. Comme pour nombre de résistantes, son rôle humanitaire fut longtemps considéré comme secondaire dans l’historiographie militaire traditionnelle.
Simone Michel-Lévy : ingéniosité technique
Opératrice radio pour le réseau Action, Simone Michel-Lévy mit au point des systèmes de cryptage innovants permettant de communiquer avec Londres sous contrôle allemand. Ses méthodes incluaient l’utilisation de messages codés diffusés via Radio Londres et le camouflage d’émetteurs dans des objets du quotidien.
Arrêtée en 1943 puis déportée à Ravensbrück, elle continua à organiser des actes de sabotage dans le camp. Son réseau parvint à maintenir des liaisons radio avec la Résistance française jusqu’aux derniers mois de l’Occupation, démontrant une résilience exceptionnelle face à la répression nazie.
Émilienne Moreau-Évrard : une héroïne des deux guerres
Engagée dès 1914 à 17 ans comme agent de liaison pendant la bataille de Loos, Émilienne Moreau-Évrard réitéra son action durant la Seconde Guerre mondiale. Son expérience […] structurer des réseaux de sabotage efficaces dans le Nord-Pas-de-Calais occupé.
- Croix de guerre 1914-1918 : distinction pour son héroïsme lors de la défense de Loos-en-Gohelle à 17 ans
- Responsable de réseaux de renseignement (1940-1944) : coordination de sabotages et exfiltrations en zone occupée
- Engagement politique post-Libération: membre de l’Assemblée consultative provisoire pour reconstruire la France
- Double reconnaissance historique : seule femme Compagnon de la Libération honorée pour ses actions sur deux guerres mondiales
L’Ordre de la Libération : critères et contexte historique
Créé par le général de Gaulle en novembre 1940, l’Ordre de la Libération récompensait initialement les militaires engagés dans la France Libre. Dans un pays déchiré entre Résistance et collaboration, cette distinction prestigieuse ne comptait que 0,6% de femmes parmi ses 1038 Compagnons, reflétant la sous-représentation des rôles logistiques féminins dans les critères d’attribution.
Contrairement à la Médaille de la Résistance (65 000 décorés), la Croix de la Libération valorisait les actes exceptionnels dès 1940. Positionnée juste après la Légion d’Honneur dans l’ordre protocolaire, elle symbolise l’idéal combattant gaulliste face aux décorations plus inclusives créées après 1943.
Récapitulatif des récipendiaires
L’analyse des six Compagnons de la Libération révèle deux profils distincts: les agentes de terrain comme Berty Albrecht et Simone Michel-Lévy pour les missions opérationnelles, et les coordinatrices logistiques à l’image de Marcelle Henry. Ce panorama intéresse autant les historiens étudiant les stratégies de la Résistance que les enseignants souhaitant illustrer la diversité des engagements féminins durant la Seconde Guerre mondiale.
| Nom | Date de décoration | Fonction | Réseau | Reconnaissance posthume |
|---|---|---|---|---|
| Berty Albrecht | 1943 | Cofondatrice mouvement Combat | MLN/Combat | Oui |
| Laure Diebold | 1946 | Secrétaire CNR | Mithridate | Non |
| Marie Hackin | 1942 | Organisatrice Corps féminin | France Libre | Oui |
| Marcelle Henry | 1946 | Cheffe réseau Shelburn | BCRA | Oui |
| Simone Michel-Lévy | 1945 | Opératrice radio | Réseau Action | Oui |
| Émilienne Moreau-Évrard | 1945 | Cheffe réseau sabotage | Voix du Nord | Non |
Ces six femmes, des espionnes aux logisticiennes, incarnent la diversité des engagements dans la Résistance française. Leur reconnaissance tardive par l’Ordre de la Libération rappelle l’urgence de perpétuer leur mémoire. Pour approfondir cet héritage, les lieux mémoriels et archives officielles offrent aujourd’hui des clés essentielles – leur bravoure discrète demeure un pilier de notre histoire collective.

Article écrit par Denis
Créateur de la Tête Haute Française, je partage mon amour de l’Histoire de France sans prétention, en essayant de la rendre amusante (même si je sais que cet humour ne sied pas à tout le monde).
