Dans mon récent article sur les pires défaites militaires françaises, je vous ai parlé rapidement de Jean de Luxembourg. Mais, son histoire légendaire mérite bien un contenu entier.
Pour faire simple, le bougre est un chevalier aveugle qui a sauté dans l’une des batailles les plus sauvages de son époque pour découper tout ce qui bouge. Cela pose le personnage.
Qui était-il ? Comment se battait-il et comment a-t-il fini ? Je vous dis tout ça dans la suite.
L’histoire de Jean de Luxembourg en vidéo !
Durée de la vidéo : 11 minutes
Jean de Luxembourg était le roi de Bohême
Le pedigree de Jean de Luxembourg n’est pas celui du premier gus venu. Né en 1296, il est, comme dirait les bobos actuels, le « projet bébé » d’Henri VII de Luxembourg et de Marguerite de Brabant.
Son père Henri VII n’est pas n’importe qui. Avant de mourir de la malaria, il a été Empereur du Saint-Empire germanique. Quant à sa mère, elle vient d’une famille noble dont l’origine remonte aux Francs.
Dit comme ça, Jean de Luxembourg n’a rien à faire sur mon site dédié aux héros français. Malgré quelques lointaines ascendances françaises, il sent plus le Teuton que le Parisien.
Mais, j’accepte cette ouverture temporaire, car le mec n’est pas un clandestin condamné multirécidiviste qui importe sa culture du vide chez nous. Jean aime la France, et s’est battu pour elle à de nombreuses reprises.
Dès 1310, à 14 ans, Jean devient roi de Bohême grâce à un bon mariage. Désormais, cette région de la Bohême fait partie de la République Tchèque et contient des villes comme Prague, Pilsen ou Liberec. Mais, au XIVe siècle et cela depuis la fin du XIIe siècle, c’est un royaume et Jean de Luxembourg est aussi appelé Jean Ier de Bohême.
Le problème est que ce roi préfère découper du bonhomme plutôt que de s’assoir sur son trône pour écouter un nain bouffon faire des blagues sur les Ottomans et les Anglais. En plus, les Tchèques, ce n’est pas son truc. Il préfère la bonne bouffe française et la vie à l’ouest de l’Europe.
Il décide donc de laisser sa femme dans le château pour aller s’amuser avec les potes. Et puis, à quoi servirait une vie sans conquête et concours des plus gros testicules face au danger ?

Très vite, il se fait une réputation sur les champs de bataille. Cela lui permet de se la jouer Mbappé et de changer facilement d’équipe. Ainsi, selon la date, on le trouve parfois aux côtés de l’Empereur des Romains et parfois avec le roi de France.
Ces liens avec la France sont forts. Au départ, cela s’explique notamment par l’argent que l’on possédait.
Quand vous avez une dette de 3 000 milliards et un taux d’imposition digne des communistes, vous n’attirez que ceux qui veulent une carte vitale et qui n’ont comme lignes sur le curriculum vitae, qu’éleveur de chèvres dans le désert ou découpeur de cuivre dans un garage roumain.
Mais au XIVe, la France est une lueur dans le Monde. Sa cour n’est pas la belle Cour de France qui naît au XVI, mais elle est déjà raffinée et beaucoup de grands noms essaient d’y obtenir une place pour briller et un soutien. C’est le cas de Jean de Luxembourg qui a la fâcheuse tendance à dépenser sans compter pour des projets d’homme qui ne sait pas contenir sa colère. Par exemple, il rêve de convertir tout le monde au catholicisme. Partager l’amour du Christ est une belle œuvre, mais lui veut le faire en massacrant les infidèles et n’importe quel clampin qui hausse le sourcil de surprise quand on lui dit que Jésus était Dieu sur Terre et que sa mère était une vierge.
Ces liens forts avec la France se renforcent encore quand sa sœur épouse en 1322 Charles IV le Bel, le fils de Philippe le Bel, qui vient de devenir roi de France. Puis 10 ans plus tard, il marie sa fille Bonne de Luxembourg avec Jean le Bon, un futur roi de France. Oui, c’est assez drôle que la Bonne se marie au Bon.
Et en 1334, après la mort de sa femme, il épouse Béatrice de Bourbon.
Vous comprenez donc désormais pourquoi j’ai voulu inclure Jean de Luxembourg sur mon site. Il avait plus de liens avec la France que beaucoup de Français de papier d’aujourd’hui. Il est donc logique de le revoir quelques années plus tard à Crécy.
Abonnez-vous à mon infolettre gratuite (2 email/semaine max)
Soyez averti par mail des sorties de mes vidéos et créations, et recevez mes recommandations historiques !
Je déteste le spam et ne partagerai jamais votre mail à un tiers.
Mais, avant d’attaquer sa célèbre présence à cette bataille, il faut parler d’un fait majeur : sa cécité.
S’il n’avait pas été aveugle, Jean de Luxembourg aurait été un courageux chevalier mort au combat. C’est déjà remarquable, mais c’était plutôt du classique pour cette époque où une critique envers votre honneur vous forçait à lever la lame pour garder le respect des autres.
Comment est-il devenu aveugle ?
Jean de Luxembourg qui deviendra Jean l’Aveugle dans l’histoire n’est pas né aveugle.
Dans les films, on voit parfois des aveugles avec un sixième sens. Ils sont capables de faire du pied/poing comme des Bruce Lee, de l’épée comme Laura Flessel et du cheval comme Henri IV. La réalité, c’est plutôt le cécifoot, soit des comportements un peu aléatoires malgré des années de pratique.
Jean de Luxembourg a été un vrai chevalier en étant aveugle, car il avait appris à se battre pendant des années avant de l’être.
Sa cécité ne survient qu’autour de 1340. Il est facile d’imaginer le drame que cela a dû être pour un homme qui passait son temps à se castagner aux quatre coins de l’Europe.
En effet, quand il devient aveugle à 45 ans environ, il n’est toujours pas un sage homme qui règne. La sagesse, il la laisse à César dans La Planète des Singes. Ainsi, deux années seulement avant son drame, ses capacités de chef de guerre lui avaient même permis de devenir Gouverneur du Languedoc après quelques prises de châteaux au début de la guerre de Cent Ans.
Désormais, aveugle, il ne se repose pas sur ses lauriers pour autant. Il pourrait faire le mollasson qui pleure sur sa vision perdue, bouffe du gros sanglier jusqu’à roter en dormant et s’amuse avec toutes les servantes du château en faisant croire qu’il les a confondues avec sa femme.
Mais, non, un Jean de Luxembourg, c’est autre chose. Tout d’abord, il montre que sa force et son amour du sang ne signifient pas un manque d’intellect. Il travaille pour la postérité et la postérité d’un roi, c’est en partie sa descendance. Grâce à ses alliances, il aide son fils Charles à devenir « Roi des Romains » en juillet 1346, soit un petit mois avant Crécy. Ce dernier finira même par être Empereur du Saint-Empire 9 ans après le décès de son père.
Ses exploits ont marqué la bataille de Crécy
Je pourrais vous raconter d’autres actions militaires ou diplomatiques de Jean l’Aveugle. Mais, je garde l’article concis. J’attaque donc la bataille de Crécy et Jean qui ne voit pas, mais qui, comme dirait un Marseillais, ne craint « dégun ».
Quand Crécy survient, Jean est aveugle depuis un peu plus de 6 ans. Il en a probablement marre qu’on lui rappelle ses exploits du passé, car à chaque fois, cela signifie qu’il n’est plus le même homme.

Depuis sa jeunesse, il voulait être le plus grand chevalier du monde. Il vivait pour les louanges et accomplissait des exploits fous comme faire un Paris – Prague à cheval en moins de deux semaines, à une époque où les routes entretenues étaient aussi courantes que les baignoires dans les maisons.
Il est donc hors de question qu’une situation de handicap (car, oui il n’y a désormais plus de handicapés, que des personnes en « situation de handicap ») d’attendre les messagers pour se tenir au courant de la guerre entre la France et l’Angleterre.
Il doit être au milieu du combat pour montrer qu’il reste un chevalier sans peur. Au pire, qu’est-ce que la mort à part le signal que les portes du Paradis s’ouvrent devant soi ?
À Crécy, la France prend une dérouillée. Malgré une supériorité numérique importante, l’armée de Philippe VI se bat comme un groupe d’attardés mentaux qui débarque à la plage. À peine débarqués, ils courent vers l’objectif. Ils attaquent tous sans réflexion et sans organisation. C’est une stratégie horrible, mais parfaite pour un aveugle.
Pour se battre, Jean de Luxembourg n’a pas réfléchi comme un Leonard de Vinci. Ne cherchez pas un super stratagème pour voir ce qu’il ne peut voir et se mouvoir comme un cavalier agile. Il a tout simplement choisi de se harnacher comme un bœuf.
Il est relié à d’autres chevaliers par des attaches. Ainsi, ils font la charge ensemble. Ce n’est pas bête, car ce serait dommage de voir un aveugle hurlant chevaucher comme un malade du mauvais côté. Au bout de 500 m à abattre les grandes herbes, il finirait par se retourner : « Mais les rouquins, vous êtes où bordel ? ».
Non, là, Jean de Luxembourg et ses acolytes ressemblent plutôt à Dementus dans Mad Max. Il est le chef effrayant au milieu de ses sbires.
Bien sûr, le problème de la visée se pose. L’idée de base est de courir dans la meute d’Anglais, puis d’attendre que ses chevaliers lui disent où taper. Arrêtons-nous deux minutes sur cette idée. Pensez-vous vraiment que la stratégie soit viable ? Vous êtes dans une mêlée de sauvages en armures, avec des chevaux qui hennissent, des épées en métal qui claquent, des blessés qui hurlent de douleur… À moins d’avoir une oreillette à la Delarue, il est impossible de bien entendre les consignes.
Le plus probable est que notre beau Jean de Luxembourg ait fait du moulinet avec son épée. Il a dû avoir quelques rictus de plaisir en sentant sa lame entrer dans de la viande humaine, puis parfois, quelques moues de surprise en entendant des « Mais, on était dans la même équipe… ». Car oui, les chroniqueurs ne le disent pas, mais tout le monde se doute qu’il a dû blesser et tuer autant d’ennemis que d’alliés.
Mais, on s’en fiche. Le panache, les amis, le panache ! Écrire son nom dans l’histoire et montrer à tout le monde que l’on est un courageux sans peur : c’est tout ce qui importe pour des hommes de son envergure.
Le scénario serait devenu dingue si Jean avait survécu dans une terrible défaite française dans laquelle ont péri des milliers des nôtres. Malheureusement, ces scénarios à la Braveheart n’existent qu’au cinéma.
Jean de Luxembourg se fait embrocher comme une viande à kebab. Il meurt à Crécy le 26 août 1346 après avoir passé sa vie à jouer au jeu de « Qui a la plus grosse ? ».
Son comportement à Crécy, qui est autant un acte de bravoure que de folie, sert vite de point de comparaison avec la fuite de Philippe VI, le roi de France. Blessé, le roi s’est réfugié chez l’habitant alors qu’un grand nombre de ses fidèles chevaliers mouraient pour lui.
Même ses ennemis respectent Jean de Luxembourg. Selon la légende, l’Anglais au blase le plus puissant de sa génération, le Prince Noir, tombe sous le charme de son courage. Ce fils du roi Édouard III décide d’adopter son emblème (des plumes d’autruche) et sa devise « Ich Dien » qui veut dire « Je sers. ».
Quelle époque ! Des milliers de morts jonchent le sol après une grosse boucherie. Et pourtant, l’un des plus illustres combattants décide d’honorer la mémoire de l’adversaire le plus brave, car qu’importe le camp, ce qui compte, c’est la force de caractère et l’âme.
Avant de terminer, je me dois de faire un constat plus nuancé de l’œuvre de Jean de Luxembourg, en prenant en compte le point de vue de ses sujets. Ce sont quand même les premiers concernés.
Jean de Luxembourg n’a pas été un immense roi pour ses territoires. Il était toujours absent et semblait s’intéresser autant à la Bohême que nos hommes et femmes politiques actuels avec les DOM-TOM.
En plus, il a dépensé de l’argent qu’il n’avait pas pour ses guerres et son train de vie luxueux. Mais, ne dit-on pas « Après l’effort, le réconfort. » ? Comme il faisait des efforts dingues, il avait un réconfort de dingue et cela n’était possible que grâce à la pression fiscale.
Mais, il a porté haut les couleurs de sa maison et de son royaume. Il a su s’imposer comme un roi chevalier d’exception, mourant l’épée à la main malgré sa cécité, et promouvoir l’ascension de son fils. L’honneur et l’ascension de la famille, deux objectifs qui signifiaient quelque chose au XIVe siècle !

Article écrit par Denis
Créateur de la Tête Haute Française, je partage mon amour de l’Histoire de France sans prétention, en essayant de la rendre amusante (même si je sais que cet humour ne sied pas à tout le monde).
