Pétain, Pétain, Pétain… Cet homme complexe laisse derrière lui une foule de désaccords. Je ne peux pas le mentionner dans mes vidéos sans susciter des réactions passionnées.
Mais, savez-vous pourquoi a-t-il été désiré et suivi par une partie des Français ?
Parmi les partisans de Philippe Pétain, les historiens ont établi deux courants. Il y a le maréchalisme et le pétainisme. Ce n’est absolument pas la même chose.
De quoi s’agit-il ? Quelles sont les différences ? Voyons tout cela dans la suite de l’article.
Les raisons de l’arrivée de Pétain au pouvoir en vidéo !
Durée de la vidéo : 15 minutes
Les historiens ont inventé la distinction maréchalisme / pétainisme
D’où vient cette distinction ? Pas de moi, je n’ai pas un melon suffisamment développé pour me mettre à inventer des concepts. Je lis, je synthétise et je vous communique les informations. Pas plus.
La distinction a été créée par les historiens. En lisant la presse et la correspondance de l’époque, ils ont très vite compris qu’il y avait certaines personnes qui ont soutenu le héros de la Première Guerre mondiale, et d’autres qui, en plus, louaient son côté réformateur. Ils voulaient le suivre dans sa « Révolution nationale ».
Bien sûr, il y avait aussi de grands amoureux qui aimaient tout de lui : son passé, son aura, ses idées, et même sa belle moustache de Dupont et Dupond !
Les Français sont aux abois, la peur est omniprésente !
Le sentiment le plus couramment partagé par la population est le Maréchalisme. Pour le comprendre, il faut replonger dans l’histoire sans jugement.
La Seconde Guerre mondiale et l’invasion de la France sont des moments uniques et tragiques.
En 1914, les armées s’étaient affrontées aux frontières. On jouait dans les règles.
Quand les Allemands avaient été aux portes de Paris, les soldats français les avaient repoussés lors de la bataille de la Marne. Une grande partie du territoire français n’avait pas jamais craint l’arrivée des Allemands. Vous pouviez siroter tranquillement votre cocktail dans le sud de la France pendant que d’autres Français mouraient en Alsace.
En 1940, le scénario n’est pas le même. Pour faire simple, c’est la débandade. La France est aussi organisée que la défense de l’équipe de football de San Marin.
Les Allemands et leurs chars sont passés rapidement en France et envahissent le territoire. Le 10 mai 1940, ils arrivent par l’ouest. Fin mai, les Anglais s’enfuient devant les nazis à Dunkerque. Le 14 juin, Paris est pris. En un mois, tout s’écroule.
C’est une horreur pour les civils. Ils ont peur de voir un Gunther toquer à leur porte pour avoir du pain, du vin et les fesses de la ménagère.
Pour les militaires, ce n’est pas mieux. Une armée désorganisée devient la norme. Certains résistent brillamment et il ne faut jamais oublier de rendre hommage à ces hommes. Mais, on se rend aussi en masse aux Allemands. Près de deux millions de prisonniers français sont faits en 1940.

L’exode est massif. Les Français, les civiles et les militaires démobilisés ou qui ont déserté, prennent les routes. Ils emmènent tout ce qu’ils peuvent et fuient vers le sud. La Loire apparaît comme l’eldorado. On s’imagine qu’une fois passé le fleuve, on bénéficiera d’une sorte de protection. C’est un peu comme si le Français moyen oubliait que les nazis avaient des avions, savaient franchir des ponts et craignaient l’eau comme les gorilles.
Cet exode désordonné me rappelle une anecdote de mon arrière-grand-mère maternelle. Elle avait dit que toute la famille paniquée avait pris la route en intégrant une colonne d’autres réfugiés. Ils ont marché sans savoir où aller, puis ils ont fini par opérer un demi-tour, car ils s’étaient dit que la fuite improvisée était ridicule et qu’il était préférable de rentrer à la maison et d’attendre de voir ce qu’il allait se passer.
Bien sûr, ce revirement de situation était possible quand votre habitation était en pleine campagne et que vous n’aviez encore vu aucun nazi crier « Achtung » ou « Papiere ».
Pour ceux qui venaient de zones bombardées et qui avaient leur maison qui ressemblait à une tente Quechua après une tornade, la randonnée en chaussures trouées et les cacas dans le fossé étaient obligatoires.
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Le maréchalisme et les espoirs tournés vers un homme au-dessus du lot
Dans ce contexte apocalyptique, le maréchalisme apparaît comme la solution. La France a besoin d’un chef. Il ne porte pas de talonnettes, il ne rejoint pas sa maîtresse en scooter… Sur le papier, c’est un vrai chef d’État. C’est le célèbre Philippeeeee Pétain ! (Imaginez cette phrase dite par Bruce Buffer, le célèbre annonceur de l’UFC.)
Dans l’esprit des Français effrayés, Philippe Pétain est le Batman qui vient les délivrer du vilain Joker, Adolf Hitler.
Son palmarès parle pour lui. Formé à la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, Pétain a monté les échelons. Sa carrière militaire s’étale déjà sur plusieurs décennies. Ces dernières années, il a été ministre de la Guerre et ambassadeur d’Espagne, mais vous savez bien que ce type de fonctions, nous, les Français, nous nous en fichons. Nous voulons du vrai, du testicule posé sur la table et des preuves de courage.
Pétain n’en manque pas. Le respect national pour le maréchal Pétain est né en 1918. Sans refaire toute sa première guerre mondiale ou entrer dans le débat de « qui a été plus décisif que lui ? » à Verdun, sachez qu’on l’appelle tout simplement le « Vainqueur de Verdun ».
Une telle bataille ne pouvait pas se gagner seule comme le fait Rambo dans ses films, mais un seul élément pouvait faire une grosse différence. Dans l’esprit populaire, et pour bon nombre de combattants, Pétain a été cet homme.
Charismatique, il a fait des modifications majeures comme la rotation des combattants, le recours fréquent au soutien de l’aviation, la diminution des offensives meurtrières… Les soldats l’adorent. Ils ont vu un homme qui les connaissait et s’inquiétait pour eux. Cela change de certains généraux qui les voyaient comme des pions remplaçables.
Quand un officier se bat pour ta vie, tu ne l’oublies pas.
Quand la guerre 1914-1918 s’arrête, tout le monde aime Pétain. Il obtient le titre de maréchal de France dix jours après la signature de l’Armistice. Depuis, le culte du maréchal subsiste parmi les Français.
Comment voulez-vous que cet homme n’apparaisse pas comme un miracle aux populations qui ont quitté la maison avec des boites de cassoulet dans le sac à dos ?
En plus, cela fait des années que les gouvernements de la France sont une blague. Les présidents, les ministres, les conseillers changent constamment. Ils se battent pour leurs postes et à cause d’eux, la France ressemble à un samedi soir à Francfort. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les Français aiment l’ordre et Pétain l’incarne.
Un homme que l’on admire et qui vient pour obtenir un accord pour l’arrêt des combats et la sauvegarde de l’autonomie française est une aubaine pour la patrie. N’ayons pas honte de dire que beaucoup de nos ancêtres ont éprouvé ce sentiment.
Bien sûr, les Résistants de 1940 existaient. Les militaires qui ne voulaient pas se soumettre et espéraient rejoindre les colonies ou l’Angleterre pour revenir plus forts en métropole existaient aussi. Bravo à eux.
Toutefois, le Maréchalisme est un courant populaire en 1940.
Pour l’anecdote, une partie des Français les plus maréchalistes ont longtemps pensé que Pétain jouait un double jeu. Selon eux, il affichait un côté collabo devant le public, mais luttait contre les nazis une fois la porte de son bureau fermé. Les plus atteints étaient persuadés qu’il faisait équipe avec de Gaulle qui menait la résistance depuis l’extérieur, tandis que lui sabotait les Allemands. Bon, la suite a montré qu’ils se fourvoyaient…
Aujourd’hui, s’affirmer pétainiste est heureusement très rare. Mais, on voit encore des maréchalistes. Ils aiment l’homme de 1918 et contrairement à de Gaulle, ils ne pensent pas que « Pétain est un grand homme qui est mort en 1925 ».
Ils affirment que Pétain a évité une débâcle complète de la France et que la signature de l’Armistice laissait une marge de manœuvre aux Français que n’ont pas eus d’autres pays.
L’âge de Pétain est également un autre argument que l’on entend souvent pour excuser ses erreurs. En effet, Pétain en 1940 ressemble plus à un gâteux Biden qu’à un Bardella jeune et plein de gel. Il a 84 ans. Il est difficile de croire qu’un âge aussi avancé n’ait pas joué un rôle dans ses décisions.
Je précise que je tente de faire un article neutre en exposant les arguments des soutiens de Pétain. Donc, ne m’insultez pas de collabo. J’essaie de comprendre sans juger pourquoi le Maréchal a pu arriver au pouvoir et recevoir l’appui d’une partie des Français, et d’axer l’angle d’approche sur la distinction entre le maréchalisme et le pétainisme.
Le pétainisme et le désir de Révolution nationale
Le pétainisme est très différent du maréchalisme. Dans le film comique OSS 117, il y a une phrase qui dit « Tous les nazis n’étaient pas SS. Attention aux raccourcis tout de même ».
J’ai envie de la copier pour dire « Tous les maréchalistes n’étaient pas pétainistes. Attention aux raccourcis. »
Le maréchalisme est le soutien de l’homme. Le pétainisme est celui de sa politique.
Quand la France prend sa fessée nazie, le rôle d’un bon coach est de comprendre pourquoi tout a été de travers. Comment a-t-on pu passer des poilus héroïques qui gagnaient la guerre à la reddition par centaines de milliers ? Il y a un couac dans le système. C’est évident.
Pétain a son idée. Il la résume dans cette phrase « Depuis la victoire de 1918, l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on n’a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur ».
Bref, on peut l’interpréter ainsi : qu’est-ce qu’on a foutu les amis ? Vous ne pensez plus au pays et vous êtes des pourritures égoïstes et débauchées. Moi, homme de valeur et d’expérience, je vais vous remettre dans le droit chemin.
Je précise que beaucoup de pétainistes sont catastrophés par l’invasion allemande. Comment pourraient-ils penser autrement ? Ne croyez pas qu’ils se faisaient pousser la moustache d’Adolphe et enfilaient un maillot de support floqué « Himmler ».
Certains ont fait la guerre 1914-1918. Pour les autres, ils ont tous des récits de proches morts vingt ans plus tôt pour repousser les Boches et ces derniers se baladent maintenant sur les Champs-Élysées comme si cela était normal de lever son bras en regardant l’Arc de Triomphe ! Vous auriez la haine. Ils l’avaient.
Mais, cela n’empêche pas certains d’espérer la mise en place d’un régime fasciste en France. Quant à la majorité, elle souhaite tout simplement le retour à une société plus saine. Elle suit de bon cœur le maréchal dans sa Révolution nationale.
Avec lui au pouvoir, cette majorité est d’accord pour subir les conditions terribles de l’Armistice de 1940 et rebâtir une France autour du slogan « Travail, famille, patrie ». Entre nous, comment peut-on ne pas aimer ce slogan ?
Par rapport à « liberté, égalité, fraternité », c’est du concret. Quand vous êtes un ouvrier de la terre, comme la plupart de nos aînés l’étaient, vous comprenez davantage la portée des trois valeurs vichystes que le slogan républicain.
Vous travaillez dans les champs toute la journée, vous prenez soin de votre famille, vous allez à l’église le dimanche et vous prenez le train jusqu’à Verdun quand la France a besoin de votre sang.
Un pétainiste de 1940 n’est plus forcément pétainiste en 1942…
J’ai envie de rajouter une nouvelle couche en disant : « Les pétainistes de 1940 ne sont pas tous des pétainistes de 1942. Attention aux raccourcis ! ».
En effet, vous devez faire une grosse distinction entre ceux qui croient et veulent la Révolution nationale en juin 1940, et ceux qui expriment toujours ce sentiment après 1942.
En 1942, les choses sont plus claires sur les intentions du maréchal. Pétain avait déjà fait serrer quelques fesses quand il avait prononcé le 30 octobre 1940 : « C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration. »
La suite a été pire. La spoliation et la déportation des juifs étaient un gros bloc, même s’il faut l’avouer, l’antisémitisme était partagé par une partie des pétainistes, tandis qu’une partie des Français n’en ressentait aucun effet et s’en fichait, ou encore, ignorait les horreurs. En effet, ne pensez pas que tous les jours, chaque Français voyait des convois de juifs partir vers les camps ou des massacres de Tziganes.
Les Français constatent surtout que leur quotidien sous Pétain ne s’améliore guère. Les pénuries s’aggravent. Ils voulaient que le régime de Vichy bannisse l’esprit de jouissance des élites, pas les calories ingurgitées par le citoyen lambda !
Encore pire, le Service de Travail Obligatoire (le fameux STO) est terrible. Au début, les volontaires suffisaient pour combler les besoins supplémentaires de main-d’œuvre en Allemagne.
Puis, quand les nazis ont voulu plus d’ouvriers qualifiés et un contingent de travailleurs supérieur au million, la grogne s’est élevée. Des réfractaires sont devenus maquisards, et d’autres ont disparu comme Dupont de Ligonnès. Certes, ils n’ont pas mis leurs familles dans la terrasse, mais vous comprenez la figure de style…
L’image du régime de Vichy s’est ternie. Les partisans se font moins nombreux.
D’ailleurs, tous ces événements ont provoqué une nouvelle résistance importante, celle des « vichysto-résistants ». Ce terme ne doit pas être interprété par vous comme une flopée de résistants de la dernière heure qui ont voulu briller en sentant la Libération arriver.
Il y avait parmi eux des hommes et des femmes de conviction qui ont cru dans la Révolution nationale, mais qui, une fois qu’ils ont réalisé que Pétain était un collaborationniste zélé, ont choisi la voix de la Résistance au péril de leur vie.
Maréchalisme et pétainisme sont donc deux courants très différents qui expliquent l’instauration du régime de Vichy en France, et qui vous apportent, je l’espère, une réflexion plus poussée que « Tous les Français étaient des collabos. » ou « Il fallait être fasciste pour soutenir Pétain ».
Encore aujourd’hui, les débats sur Pétain sont passionnés. Quand Eric Zemmour avait dit qu’une grande partie des juifs français avaient été sauvés par Pétain, qui avait préféré sacrifier les juifs étrangers, des associations sont montées au créneau et le petit Ricou a eu un procès pour « contestation de crime contre l’humanité ».
Pétain, maréchalisme et pétainisme, doivent être analysés sans honte et avec recul pour mieux comprendre les actes de nos aînés.

Article écrit par Denis
Créateur de la Tête Haute Française, je partage mon amour de l’Histoire de France sans prétention, en essayant de la rendre amusante (même si je sais que cet humour ne sied pas à tout le monde).
